Figuier : un fruit qui n’en est pas un et un sacrifice de guêpe

Posons de suite les bases : dans la nature, une fleur donne un fruit en général après fécondation. C’est clair, net, … très imprécis car la nature aime bien faire des choses toutes plus bizarroïdes les unes que les autres. Mais ça reste ce qu’il se passe, schématiquement, le plus souvent.
En parlant de bizarreries naturelles … Avez-vous déjà vu des fleurs de figuiers ? Car nous sommes bien d’accord que nous mangeons les fruits des figuiers. Mais où sont donc passées les fleurs ? En vérité … Nous les mangeons. Enfin transformées … Mais il faudrait mieux avoir une explication complète, depuis le début.

Le figuier (Ficus carica de son petit nom) est en fait un arbre à l’inflorescence creuse dans laquelle se développent les fleurs en elles-mêmes. Le sycone (la figue visible et que l’on mange) est donc un conceptacle contenant une multitude de petites fleurs, un faux-fruit en bref. Ce dernier devient charnu et se gorge de sucre après fécondation des fleurs, qui donnent alors une multitude de petits fruits (de vrais cette fois) nommés akènes, à l’intérieur du sycone. Sachez de plus que ce sycone n’est pas totalement clos. En effet il est ouvert vers l’extérieur par une ostiole, ce petit trou au cul de la figue, en partie fermé par des écailles pour tout de même protéger les fleurs à l’intérieur.

Mais comment se fait cette fécondation ? Laissez moi vous parler d’une terrible histoire de sacrifice maternel, une histoire d’inceste et de guerre sans merci pour obtenir le droit de perpétuer la vie… Vous pensez que j’exagère ? Un peu, certes, mais pas tant que ça !

Commençons par le début. Le figuier, comme de nombreux arbres, dépend des insectes dits pollinisateurs pour se reproduire. Mais pas n’importe quels insectes ! Ficus carica vit en effet en symbiose (enfin en « association mutualiste exclusive », un peu comme les opticiens) avec une seule espèce de guêpe, le blastophage (Blastophaga psenes). Celui-ci se reproduit donc exclusivement en parasitant les fleurs des figuiers (en pondant dans leur style), dont le sycone sert de pouponnière aux larves.
Mais pas de n’importe quel figuier ! Car il en existe en fait deux sortes : le figuier domestique, dit figuier femelle, et le caprifiguier, dit figuier mâle. La différence entre les deux est le type de fleurs présentes dans leurs sycones. Le caprifiguier arbore des fleurs mâles, à pistil atrophié, placées autour de l’ostiole, et des fleurs femelles, sans étamines et à style court, placées au fond du sycone. Le figuier domestique, lui, a des fleurs mâles stériles à étamines atrophiées et des fleurs femelles à style long, placées de même manière. Les deux types de figuiers sont donc techniquement hermaphrodites. Seulement, le blastophage ne peut pondre que dans les sycones de caprifiguiers, sur les styles courts de ses fleurs femelles. Il ne donne donc presque jamais de fruits comestibles, servant exclusivement de pouponnière à bébés blastophages, contrairement aux figuiers femelles, impossibles a parasiter du fait du styles long de leurs fleurs.

Certes c’est en italien, mais c’était la seule image claire du bouzin libre de droit. Et puis c’est compréhensible quand-même !

Enfin cela ne vous explique pas COMMENT se fait cette fécondation.
Notre histoire commence avec une femelle blastophage cherchant où pondre tous ses œufs nouvellement fécondés. Le parfum d’un figuier attire alors son attention. Voilà une bonne cachette ! La guêpe se dirige donc dare-dare vers un sycone entrevu dans ses yeux à facettes. Elle ne peut entrer que par l’ostiole, protégée par ses terribles écailles. En se faufilant elle se tord, se brise les ailes, entre estropiée dans le sycone, se sacrifiant pour la protection de ses œufs qu’elle entreprend de pondre dans les styles courts des fleurs du caprifiguier.
Mais ce sacrifice n’est pas vain ! Quelques semaines plus tard, les œufs éclosent et en naissent de petits blastophages. Après avoir pris quelques forces en grignotant l’intérieur du sycone, les choses sérieuses peuvent alors commencer. Les mâles aptères (sans ailes) s’accouplent avec les femelles (leurs sœurs donc …), qui s’envoleront alors par l’ostiole pour chercher un nouveau sycone où pondre leurs œufs (les mâles resteront eux prisonniers de la figue jusqu’à ce que mort s’ensuive).
Et c’est là que cela devient intéressant pour les figuiers, car c’est bien de leur reproduction que nous devions parler et pas de celles de petites guêpes parasites ! Les femelles, dans leur envol, se frottent en effet sur les étamines des fleurs mâles entourant l’ostiole et se recouvrent ainsi de pollen. Pollen qu’elles déposeront ensuite sur les fleurs femelles d’un autre sycone en pénétrant en son sein pour y pondre ses œufs.
Cependant tous les blastophages n’ont pas cette chance ! Celles qui par malheur ne choisissent pas un figuier mâle se voient dans l’incapacité de perpétuer leur espèce : tout cela pour rien. La figue fécondée par cette intrusion infructueuse fructifie donc (elle) et donne alors une belle figue juteuse offerte à la consommation de gourmands humains !

Voilà donc toute l’histoire. Mais si cela vous a dégoûté des figues, pas de panique ! Sachez qu’en France, la plupart des figuiers cultivés se reproduisent par parthénocarpie, sans aucun besoin du blastophage. Les fruits contenus dans le sycone ne sont alors pas pourvu d’embryons, ce qui n’empêche pas la figue de fructifier. C’est un phénomène que l’on retrouve régulièrement de manière naturelle (il s’agit d’un avantage pour les plantes en l’absence de pollinisation) ou artificielle (de même, cela facilite le travail des agriculteurs). C’est le cas aussi des tomates, des concombres, des bananes, des clémentines, …

Raphaël Vaubourdolle

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